Les syndicats belges jettent un regard critique sur les plans gouvernementaux pour les ODD

Les syndicats belges ont organisé un événement pour examiner la méthodologie de travail utilisée par la Belgique pour préparer l’Examen national volontaire (ENV) 2023. Ceux-ci ont exprimé leurs inquiétudes concernant l’inadéquation des délais de consultation, le manque de précision du plan national pour la réalisation des ODD, le risque de restreindre la marge de manœuvre pour les négociations collectives, ainsi que les contraintes économiques limitant leur capacité à s’engager pleinement dans ce processus.

Les trois syndicats belges (ABVV-FGTB, ACV-CSC et ACLVB-CGSLB) ont organisé leur atelier le 19 octobre dernier à Bruxelles dans le cadre de la 6e édition du forum belge sur les ODD. Au cours de cet événement, les syndicats ont discuté de leur rapport alternatif sur l’Evaluation nationale volontaire 2023 (EVN) du gouvernement belge, et ont évalué la façon dont ce dernier les a impliqués dans le processus de l’ENV, en tant que parties prenantes représentatives.

Globalement, les participants ont convenu que, si l’ENV 2023 s’est légèrement amélioré par rapport à la première version présentée en 2017, plusieurs domaines nécessitent encore des améliorations importantes. Les représentants syndicaux ont exprimé leur mécontentement, après avoir constaté que les contributions cruciales des syndicats n’avaient pas été prises en compte dans l’ENV, à l’exception du chapitre portant sur la société civile.

« Bien que l’introduction de l’ENV précise clairement que les syndicats ont participé à plusieurs volets du processus, le calendrier n’était en réalité pas bien planifié pour organiser des consultations pertinentes », a déclaré un représentant syndical au cours de l’événement.

D’autre part, les syndicats craignent que, à mi-chemin de la clôture du Programme 2030, les priorités syndicales pour les ODD ne puissent se concrétiser, étant donné que le pays n’a pas été en mesure de préparer un plan national efficace pour atteindre les ODD, ni de prévoir les enveloppes budgétaires nécessaires.

S’agissant du rôle que peuvent jouer les syndicats dans l’ensemble du processus de l’ENV, les trois organisations ont reconnu les tentatives manifestes de réduire leur marge de manœuvre dans le cadre des négociations collectives. Cette menace croissante est exercée soit par des moyens juridiques, comme dans le cas de la législation belge qui limite désormais les négociations salariales sous prétexte de la compétitivité, soit par des politiques économiques, notamment en cas de décroissance délibérée, comme l’ont souligné certains intervenants lors de la séance plénière du forum.

Un volet essentiel de l’atelier était consacré à une table ronde sur la mise en œuvre du Programme 2030 par la Belgique, au cours de laquelle un accent particulier a été mis sur les politiques intérieures et extérieures du pays en faveur des principaux ODD selon le point de vue des syndicats.

Priorités et instruments thématiques

Les syndicats ont également exprimé leurs préoccupations concernant les réponses qu’apportent les responsables politiques à leurs questions prioritaires, telles que formaliser l’économie informelle, lutter contre la pauvreté au travail, garantir une transition juste et faire en sorte que les politiques anti-discriminatoires ne servent pas uniquement à combler les besoins d’une frange déjà privilégiée de la société, mais aussi à remédier aux problèmes des groupes défavorisés.

S’agissant des outils et instruments disponibles, les syndicats ont mis en avant leurs préoccupations concernant les problématiques entourant trois thématiques centrales et ont appelé à :

  • Mettre en place des mécanismes de diligence raisonnable en matière de droits humains centrés sur la dimension écologique, mais également sur les questions sociales et fiscales. Ces mécanismes ne doivent pas se limiter à des « relations publiques » pour les entreprises, les consultants privés, les agences de certification, les fondations et autres associations.
  • Renforcer les protections sociales dans les instruments publics utilisés pour promouvoir les investissements des banques et agences de développement à l’étranger, que ce soit sous la forme de subventions, de prêts ou de garanties.
  • Inclure dans les traités commerciaux des clauses sociales exécutoires prescrivant le respect des normes de l’OIT − moyen essentiel pour lutter contre le dumping social structurel à grande échelle.

Niveaux régional et mondial

Une table ronde a été organisée en présence d’experts de la Confédération syndicale internationale (CSI) et de la Confédération européenne des syndicats (CES), en vue de faire le point sur la progression de la mise en œuvre des ODD aux niveaux international et européen.

À travers la campagne Timefor8, la mouvement syndical international revendique avec force la reconnaissance du rôle transformateur que joue l’ODD 8 pour faire avancer l’ensemble du Programme 2030. L’ODD 8 est centré sur la croissance économique, productive et inclusive, ainsi que sur le travail décent.

La CES a fait part de son point de vue concernant le premier ENV->https://hlpf.un.org/countries/european-union/voluntary-national-reviews-2023] de l’Union européenne (UE) et un récent rapport syndical intitulé « À mi-chemin de 2030 : perspectives syndicales sur l’UE et les ODD ». La CES souligne qu’il est de la plus haute importance que l’UE reconnaisse l’urgence de garantir des investissements dans des emplois de qualité, d’améliorer les conditions de vie et de travail, de revaloriser les salaires, de promouvoir des services publics de haute qualité et de défendre la négociation collective. Ces mesures se révèlent cruciales si l’on souhaite établir des bases plus équitables pour nos économies et nos sociétés, et s’aligner sur l’ODD 8. Le représentant de la CES a, en outre, mis en garde contre de nouvelles mesures d’austérité post-COVID qui, selon lui, auraient un impact sur la capacité de l’UE et de ses États membres à respecter les engagements nationaux dans le cadre du Programme 2030.

Malgré les problématiques qui ont été soulignées, les syndicats belges ont réaffirmé leur engagement à contribuer à la réalisation du Programme 2030. Ils ont également confirmé qu’ils continueraient à suivre les avancées et à exercer leur pouvoir d’influence pour s’assurer que les plans pour la mise en œuvre des ODD par la Belgique tiennent compte des priorités des travailleurs.

Pour de plus amples informations concernant les initiatives des syndicats pour défendre les droits des travailleurs en Belgique et leur représentation dans le cadre du Programme 2030, veuillez consulter le site web de la CSI et son Indice des droits dans le monde. Vous pouvez également vous rendre sur le portail en ligne Equal Times, offrant des analyses détaillées sur la situation en évolution constante des droits des travailleurs en Belgique et ailleurs dans le monde.