Une décision de l’OIT annonce une ère nouvelle pour les droits des travailleurs au Qatar. Reste à l’Arabie saoudite et aux EAU de suivre son exemple.

La décision de l’Organisation internationale du travail (OIT) de retirer la plainte contre le Qatar suite aux engagements de Doha sur le démantèlement du système de kafala et l’abolition de l’esclavage moderne est annonciatrice d’une ère nouvelle pour les droits des travailleurs dans le pays.

« Le Qatar a établi une nouvelle référence pour les États du Golfe et il faut à présent que l’Arabie saoudite et les EAU, où des millions de travailleurs migrants restent sous le joug de l’esclavage moderne, lui emboîtent le pas », a déclaré Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI).

La plainte déposée par la CSI en 2014 avait exposé les conditions d’exploitation abusives auxquelles étaient acculés les quelque deux millions de travailleurs migrants employés dans les services de construction du programme d’infrastructure titanesque en préparation de la Coupe du monde de football 2022 de la FIFA.

« Les nouveaux engagements pris par le Qatar vis-à-vis de la CSI et de l’OIT normaliseront les relations du travail dans le pays et ont créé les conditions permettant aux firmes internationales qui opèrent au Qatar de souscrire des accords sur les droits des travailleurs et le travail décent avec les fédérations syndicales internationales », a indiqué madame Burrow.

L’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) https://www.bwint.org/cms/news-72/construction-company-to-sign-agreement-with-bwi-in-qatar-854 signera un accord syndical avec la firme de construction multinationale française VINCI et son partenaire local QDVC à la fin du mois, accord qui couvrira tous les travailleurs employés par la firme au Qatar.

Le secrétaire général de l’IBB, Ambet Yuson, a déclaré : « Cet accord avec QDVC et VINCI, qui vient compléter et consolider notre coopération fructueuse avec le Comité suprême pour les projets et l’héritage du Qatar représente une avancée décisive vers le plein respect des droits des travailleurs au Qatar. Nous sommes impatients d’œuvrer aux côtés des deux parties dans le cadre de nos efforts continus pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des migrants employés en tant qu’ouvriers de la construction au Qatar. Tel que l’indique le texte de l’accord, celui-ci « est fondé sur la conviction commune que tous les travailleurs de la construction doivent être traités avec dignité et doivent travailler et vivre dans des conditions décentes et sûres ».

« Pour la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), cela représente un changement radical pour les travailleurs du transport, que ce soit dans l’aviation, les ports ou les transports publics. Nous avons hâte d’œuvrer avec les entreprises à la construction de protections pour les travailleurs, sur la base d’emplois sûrs et durables et de la reconnaissance des normes internationales et des meilleures pratiques », a affirmé Stephen Cotton, secrétaire général de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF).

Un nouveau programme de coopération technique entre l’OIT et le Qatar servira à appuyer la transition vers un système de relations du travail moderne avec, pour la première fois, l’établissement d’un bureau de l’ONU au Qatar. Le programme prévoit notamment la fourniture d’une assistance aux travailleurs migrants lorsque ceux-ci seront amenés à soumettre des plaintes aux mécanismes nationaux chargés du règlement des griefs, ainsi que des cours techniques et de formation approfondis pour les responsables.

« Les engagements pris par le gouvernement du Qatar prévoient le démantèlement du système de kafala, l’instauration d’un salaire minimum et la construction de droits de liberté syndicale pour les travailleurs migrants, qui pourront désormais élire leurs représentants au sein du comité d’entreprise », a indiqué madame Burrow.

Les engagements pris par le Qatar incluent :

  • Le démantèlement du système de kafala ;
  • L’enregistrement des contrats d’emploi auprès d’une autorité gouvernementale afin de prévenir la substitution de contrats ; l’interdiction de la pratique consistant à ce que les contrats d’emploi des migrants soient annulés dès leur arrivée dans le pays et substitués par un emploi différent, généralement moins bien rémunéré.
  • Les employeurs ne pourront plus empêcher leurs employés de quitter le pays, cependant que la question fort controversée du droit des travailleurs de changer d’employeur sera définitivement réglée.
  • Les papiers d’identité seront délivrés directement par l’État du Qatar et les travailleurs cesseront de dépendre de leur employeur pour la délivrance de leur carte d’identité, sans laquelle ils peuvent se voir refuser l’accès aux services de santé.

Rémunération :

  • Un salaire minimum sera prescrit en tant que taux de base couvrant tous les travailleurs, mettant fin au système de rémunération basé sur la race.
  • Des améliorations seront apportées au système de protection des salaires en place pour faire en sorte que les arriérés de salaire soient réglés de façon systématique.

Représentation des travailleurs et procédures de griefs :

  • Des comités de travailleurs seront mis sur pied dans chaque lieu de travail, où les travailleurs éliront leurs propres représentants.
  • Un comité spécial chargé du règlement des différends assorti d’un échéancier pour le traitement des griefs jouera un rôle central en vue d’une résolution expéditive des plaintes.

« La mise en œuvre de ces nouvelles directives s’appuiera sur la signature d’un accord technique, un bureau de représentation de l’OIT, la CSI, et des accords entre les fédérations syndicales internationales et les entreprises. La coopération entre le gouvernement, les syndicats et les entreprises annonce l’avènement d’une ère nouvelle pour les droits des travailleurs au Qatar, où la vie et les moyens d’existence des travailleurs seront désormais protégés », a déclaré Sharan Burrow.

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