Bahreïn: la mission urgente de la CSI met en garde contre un basculement vers la dictature

Ce week-end, Jaap Wienen, secrétaire général adjoint de la CSI, en mission urgente à Manama, la capitale du Bahreïn, a lancé un appel pour qu’un paquet de mesures internationales complet soit adopté en vue de soutenir les droits fondamentaux de la main-d’œuvre bahreïnie à l’heure où le mouvement syndical de ce pays du Golfe subit des attaques virulentes de la part du gouvernement.

«Le Bahreïn glisse rapidement vers une dictature absolue et les autorités semblent décidées à créer et à accentuer les divisions sectaires. Le gouvernement a manifestement décidé de tenter de détruire les syndicats bahreïnis qui sont à l’origine du mouvement réclamant le dialogue, la paix et la réconciliation. Le mouvement syndical international ne va pas rester inactif. Si les autorités ne changent pas de comportement, les conséquences diplomatiques et économiques au niveau international seront considérables», a expliqué Jaap Wienen.

Environ 2.000 travailleuses et travailleurs de 30 sociétés, principalement publiques, ont été licenciés pour avoir participé à des actions syndicales réclamant le dialogue et la fin des violences. Tel est notamment le cas de 6 membres du Comité exécutif de la Fédération générale des syndicats du Bahreïn (GFBTU), affiliée à la CSI, et de 22 responsables syndicaux locaux. D’après les informations dont la CSI dispose, des employés de la principale association d’employeurs, la Chambre du commerce, ont également été renvoyés.

La campagne d’intimidation de groupes soutenus par le gouvernement s’est intensifiée ces derniers jours avec l’apparition de panneaux reprenant les noms et les photos de dirigeants de l’opposition et invitant «à n’avoir aucune pitié à leur égard et à les exécuter». Des journalistes sont renvoyés, persécutés et arrêtés, et les informations qui nous parviennent font toujours état d’une violence extrême de la part des autorités à l’encontre des détenus, dont quatre seraient décédés.

Alors que des organisations membres de la CSI du monde entier préparent des actions de solidarité en collaboration avec la GBFTU et ses syndicats membres de différents secteurs, la CSI prévoit une action de haut niveau auprès de l’Organisation internationale du Travail.

«Le Bahreïn a ratifié la Convention de l’OIT n° 111 qui interdit la discrimination dans l’emploi. Les autorités visent clairement les travailleuses et les travailleurs engagés dans des activités syndicales et les discriminent. En tant qu’État membre de l’OIT, le Bahreïn doit également respecter la liberté syndicale, mais il semble malheureusement que le gouvernement soit disposé à enfreindre ses obligations légales internationales. Nous allons donc examiner ce cas à l’OIT en toute urgence de même que les relations gouvernementales et commerciales du pays», a encore ajouré Jaap Wienen.

Dans un premier temps, la CSI appelle la mise en place d’une commission d’enquête sur les infractions du Bahreïn à la Convention n° 111. Ce genre de commission, qui peut être créée en vertu de l’article 26 de la Constitution du BIT, constitue l’un des instruments les plus puissants du système des Nations Unies; la demande de la CSI reflète par ailleurs les fortes préoccupations des gouvernements.

«Nous constatons que des gouvernements du monde entier s’inquiètent de la détérioration de la situation au Bahreïn. Le mouvement syndical international reste ouvert au dialogue pour apaiser les tensions et résoudre les problèmes économiques et sociétaux sous-jacents. Les autorités doivent quitter le chemin de la violence, des menaces et des affrontements, y compris à l’encontre des responsables de la GFBTU, avant qu’il ne soit trop tard», a déclaré Jaap Wienen.