Sur la voie d’une transition juste dans le secteur du textile et de la confection

Un webinaire organisé par IndustriALL Global Union, le ITUC Just Transition Centre et IndustriAll Europe le 18 juin a abordé les changements importants auxquels l’industrie textile est confrontée en raison du changement climatique et des transitions verte et numérique.

Des intervenants de la Commission européenne, de l’OIT, du géant suédois de la confection H&M ainsi que des syndicalistes du monde entier ont partagé leurs points de vue sur l’évolution de l’industrie du textile et de la confection, où l’accent n’est plus mis sur les problèmes de santé et de sécurité liés à l’effondrement du Rana Plaza, mais sur la lutte contre le changement climatique et l’essor de la mode ultra-rapide, grâce à la durabilité et à la circularité.

Un nombre croissant de gouvernements et d’enseignes adoptent des objectifs de circularité et de durabilité et introduisent des mesures visant à préserver des ressources importantes telles que l’eau et l’énergie. Ce virage vert s’accompagne souvent de nouvelles technologies qui modifient les rôles professionnels et requièrent de nouvelles compétences. Toutefois, les travailleurs ne peuvent acquérir de nouvelles compétences et obtenir ces nouveaux emplois “verts et numériques” que s’il existe des systèmes de formation pour les emplois à venir.

Mikael Garellick, Conseiller principal de la Commission européenne pour le secteur textile, a souligné le double rôle de l’UE en tant que grand exportateur et importateur de textiles et de vêtements. La stratégie textile de l’UE contient 16 textes législatifs européens qui auront un impact sur tous les produits textiles mis sur le marché au sein de l’UE. Cette nouvelle législation, comme l’introduction de règles d’éco-conception et l’interdiction de détruire les vêtements invendus, constitue un pas en avant vers la durabilité et vise à modifier la fabrication des textiles dans le monde entier.

Face au défi des compétences, Casper Edmonds, Chef de l’unité des industries extractives, de l’énergie, de la fabrication et du point focal pour l’économie circulaire à l’OIT, a souligné que les solutions doivent être centrées sur l’humain, en insistant sur la nécessité de donner la priorité aux personnes dans l’industrie, en veillant à ce que les travailleurs et travailleuses fassent toujours partie de son avenir. Le passage à une industrie axée sur les services risque d’entraîner des pertes d’emplois dans des secteurs aujourd’hui comptant aujourd’hui une bonne syndicalisation, poussant les travailleurs vers des environnements moins réglementés.

“Nous risquons de perdre de bons emplois syndiqués et nous devrons à nouveau nous battre pour nos droits fondamentaux”,

a déclaré Casper Edmonds.

“Tous les travailleurs et toutes les travailleuses du secteur ont droit à un environnement de travail sain et sûr et les nouvelles technologies soulèvent de nouvelles questions en matière de santé et de sécurité. Les syndicats jouent un rôle crucial et doivent continuer à recruter, y compris auprès des travailleurs et travailleuses qui occupent des emplois créés par l’économie circulaire.”

La syndicalisation est cruciale, en particulier pour les emplois nouvellement créés dans le cadre de l’économie circulaire. Les lignes directrices de l’OIT préconisent une coopération totale entre les employeurs et les gouvernements pour garantir les droits et la sécurité des travailleurs et travailleuses. Ce sentiment a été partagé par Hannah Croner du département de développement durable de H&M, qui s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici à 2040.

La transition ne doit pas exacerber les vulnérabilités existantes ; la pauvreté est un risque pour la prospérité partout dans le monde et il est essentiel de s’y attaquer pour assurer un avenir véritablement durable. Les femmes et les travailleurs migrants, qui sont au cœur de la circularité, sont particulièrement menacés. Kalpona Akter, dirigeante syndicale bangladaise, a insisté sur la nécessité d’une transition incluant des salaires décents et une protection sociale afin d’éviter l’exacerbation de la pauvreté.

Les points de vue régionaux ont mis en évidence divers défis. Au Bangladesh, SM Morshed, de la Fondation OSHE, a constaté un manque de compréhension de la part des parties prenantes. Pour la région MENA, l’experte en politique Diana Kaissy a souligné que des questions telles que la pénurie d’eau représentaient un défi pour le secteur. Marta Zaldaña, Coordinatrice régionale des syndicats du secteur textile au Salvador, a souligné que les usines vertes n’étaient pas toujours synonymes d’emplois verts. Au Nigeria, la prévalence des vêtements de seconde main constitue une menace pour l’industrie locale, tandis qu’au Soudan, en Amérique latine et dans les Caraïbes, les droits du travail et la pénurie d’eau restent des questions pressantes.

“Une transition juste dans l’industrie du textile et de la confection nécessite une approche à multiples facettes. Les mesures environnementales doivent être accompagnées de mesures sociales visant à lutter contre l’emploi informel et à garantir une transition exhaustive”,

a déclaré Diana Kaissy.

En conclusion de ce webinaire, le premier des deux consacrés à la transition juste dans l’industrie du textile et de la confection, Diana Junquera Curiel, Codirectrice du Centre pour une transition juste de la CSI, a déclaré :

“La voie vers une transition juste dans ce secteur est complexe et varie selon les régions. Un effort unifié axé sur la durabilité, les droits des travailleurs et la croissance inclusive peut conduire à une industrie du textile et de la confection plus équitable et plus résiliente.”

Crédit photo : Travail dans une usine de vêtements à la périphérie de HCM City, au Vietnam. OIT/Aaron Santos