Organiser et former les travailleurs de l’économie informelle en Afrique

Au cours des dernières décennies, le nombre de personnes vivant de l’économie informelle est en nette progression en Afrique de l’Ouest. Dans plusieurs pays, le nombre de salariés de l’économie informelle représente aujourd’hui plus des trois quarts de la main-d’œuvre active. L’Afrique, et surtout les pays d’Afrique francophone connaissent un environnement beaucoup plus défavorable à la création d’emplois pour les jeunes et notamment pour les femmes. Ainsi, pour faire face aux problèmes de l’emploi, des milliers de jeunes et de femmes sont cantonnés aux activités professionnelles dans l’économie informelle afin de survivre. En règle générale, les travailleuses et travailleurs sont mal rémunérés, connaissent des conditions d’emploi précaires et ne bénéficient d’aucun système de protection sociale.

La CSI-Afrique, la CSN et la CFDT, à travers l’institut Belleville, se sont associées pour porter un programme d’économie sociale et solidaire durant trois ans. “Le” projet a été conduit avec les organisations syndicales de trois pays : la CSTM du Mali, l’UNSAS du Sénégal et la CSTT du Togo. Celui-ci ayant pour objectif de soutenir l’organisation et la représentation syndicale de travailleuses et travailleurs de l’économie informelle, de renforcer la capacité des organisations syndicales à intervenir dans l’économie informelle et de mettre au point ou d’améliorer les outils d’intervention de l’économie sociale solidaire afin de soutenir l’entreprenariat collectif au sein de l’économie informelle.


Photo de Mark Fischer

Synthèse dus rapports pays

  • Pour la CSTM du Mali, le projet s’est bien déroulé et les résultats obtenus témoignent de la capacité des acteurs bénéficiaires à s’autonomiser. Les activités ont touché les teinturières et teinturiers de Kayes, les exploitantes et exploitants de sable et gravier de Koulikoro et les vendeuses de poissons de Mopti. Au cours de la campagne de sensibilisation à Koulikoro, Kayes et Mopti, plus de trois cents personnes (femmes et hommes) ont adhéré à la CSTM. Trois bureaux de vingt cinq personnes ont été mis en place ; soit au total 75 responsables actifs. Vingt et un responsables CSTM ont été formés à la gestion de micro entreprise.
  • L’UNSAS du Sénégal estime que sa base sociale dans l’informel s’est renforcée. L’organisation et la représentation des travailleurs et travailleuses de l’informel se sont améliorées, notamment en matière du dialogue social. Des outils sont mis en place pour renforcer et soutenir l’entreprenariat collectif au sein de l’économie informelle. Deux campagnes de recrutement ont été réalisées auprès de 35 femmes de 5 secteurs (tannerie, transformation de produit halieutique, vente de rue, transformation de céréale et restauration). La stratégie pour la deuxième année vise le mentorat et le recrutement par les pairs. L’UNSA affiche de beaux résultats = 239 nouvelles adhésions, 120 femmes formées au syndicalisme, dialogue social et en techniques de gestion.
    Un fonds de solidarité de 200000 CFA a été versé à chaque secteur, celui-ci a été remboursé à 100 % et une épargne de 70 % du fonds de solidarité a été réalisée.
  • Avec la CSTT du Togo, le projet s’est adressé aux responsables de 11 organisations de différents secteurs : les conducteurs de taxi moto, les couturiers et couturières, les coiffeurs et coiffeuses, les vendeurs de matériaux de construction (SYVEMACOT), les travailleurs et revendeurs de bois et activités connexes (SYTREBACT), les mécaniciens moto, les bijoutiers et le groupement des femmes de FETRAPO, la MUSA/CSTT, la MUCEL/FTBC, la MUPROSI/FTBC. Des modules et manuels de formation, de sensibilisation et d’information sont conçus et rendus disponibles pour les acteurs de l’économie informelle. Une cellule de gestion des activités des acteurs de l’économie informelle est mise en place et opérationnelle à la CSTT. La capacité des acteurs de l’économie informelle est renforcée en matière administrative, financière et entrepreneuriale. Sept coopératives de production sont créées à la CSTT. Un document de politique nationale de la micro entreprise-traditionnelle est disponible au Togo. Des groupes de tontine et de solidarité sont créés, 14 au total pour un accès facile aux fonds de finance inclusive et des services aux membres.

Les perspectives futures et les opportunités de synergie

Au vue des différents bilans sur le travail accompli durant ces trois années, le caractère complexe de l’économie informelle et le besoin qui persiste en matière d’encadrement, de formation, d’appui et/ou d’assistance financière ainsi que la nécessité de vulgariser les outils de formation et d’information, une nouvelle convention va permettre la poursuite de ce projet entre les partenaires et les organisations syndicales associées et déterminer les activités et les financements y afférents pour les années à venir.