La CSI répond au communiqué de presse émis par le ministère de l’Intérieur de la Colombie concernant son Rapport

Le Rapport de la CSI sur les violations des droits humains et syndicaux dans le monde a pour objet de présenter un tour d’horizon des violations les plus significatives survenues dans 140 pays et ne vise d’aucune manière à discréditer un quelconque gouvernement. Ce que nous voulons, au contraire, c’est attirer l’attention sur des situations où des atteintes aux libertés syndicales sont commises, pour permettre aux États et aux organisations syndicales de chercher des alternatives afin d’y remédier.

La CSI et les centrales syndicales colombiennes qui y sont affiliées, nommément la CUT, la CTC et la CGT, espèrent que face à la situation grave et persistante de violence contre des personnes affiliées à des organisations syndicales, le gouvernement colombien reconnaisse la situation et ne cherche pas à la dissimuler au moyen de chiffres et de déclarations démentant les faits.

La CSI tient à rappeler au gouvernement colombien que d’après nos chiffres, la Colombie est l’endroit le plus dangereux du monde pour l’exercice de la liberté d’association. De fait, c’est en Colombie qu’ont été commis 63,12% des assassinats de syndicalistes survenus dans le monde durant la dernière décennie. Du premier janvier 1986 au 30 avril 2010, pas moins de 10.887 voies de fait ont été commises contre des syndicalistes, dont 2.832 homicides. Durant le mandat du gouvernement du président Uribe, 557 syndicalistes ont été assassinés. Au moins 48 homicides ont au lieu en 2009 et 29 syndicalistes ont été assassinés rien que depuis le début de 2010.

La CSI n’ignore pas l’existence du programme de protection et de l’unité spéciale rattachée au bureau du Procureur général mais elle tient, néanmoins, à manifester sa préoccupation parce qu’en dépit de ces mesures, les assassinats de syndicalistes se poursuivent sans trêve et l’impunité l’emporte dans 97% des cas.

La CSI espère que le gouvernement colombien suivra les recommandations de la Commission de l’application des normes qui, en 2009, a souligné que « le mouvement syndical ne peut exister que dans un climat de non-violence » et a « prié instamment le gouvernement de mettre un terme à la situation de violence et d’impunité actuelle moyennant l’application continue de mesures et de politiques novatrices et efficaces. »

Bien que la Colombie ne figure pas dans la liste des 25 pays à examiner dans le cadre de la Commission de l’application des normes, le gouvernement s’est vu contraint d’accepter de recevoir une mission tripartite de haut niveau de l’Organisation internationale du travail. « L’OIT ne dépêche pas une mission d’une telle envergure à un pays où il n’y a pas de violations de droits syndicaux », a souligné Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.