L’OIT passe au crible les pays asiatiques hôtes de chaînes d’approvisionnement

Lors de la conférence de l’Organisation internationale du Travail, qui s’est tenue plus tôt dans le mois à Genève, des travailleurs de plusieurs pays asiatiques ont expliqué les difficultés qu’ils rencontrent, confrontés à une répression accrue de la part des gouvernements et des employeurs de la région.

Des représentants indonésiens ont témoigné des violentes attaques de policiers et de voyous armés dont ont été victimes des travailleurs. Lorsqu’en 2015, les travailleurs ont été écartés des mécanismes de fixation des salaires et ont manifesté leur indignation dans les rues, les autorités ont réagi en arrêtant plus de 20 manifestants et en interdisant les rassemblements dans des lieux clés de la capitale, Jakarta.

Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI, a déclaré : « La CSI a demandé au gouvernement indonésien de mettre un terme à la violence à l’encontre des travailleurs et de reprendre les négociations, demande restée sans suite jusqu’à présent. Un gouvernement qui ignore l’engagement constitutionnel en faveur de la consultation et qui impose une échelle salariale fixant des rémunérations qui ne permettent pas aux salariés de vivre dignement est aux ordres de dirigeants d’entreprise qui souhaitent continuer à exploiter la main-d’œuvre. »

Des travailleurs philippins ont fait part d’une hausse alarmante de la violence dirigée contre les responsables syndicaux, y compris des exécutions extrajudiciaires, et des manœuvres juridiques, comme de mauvaises classifications des travailleurs pour qu’ils ne bénéficient plus de la protection de la législation du travail. L’élection du président Duterte a accentué les préoccupations par son style autoritaire, sa rhétorique violente et ses liens avec des escadrons de la mort, responsables de centaines d’assassinats.

Des travailleurs cambodgiens ont expliqué que la récente législation du travail constitue en réalité un important retour en arrière et ont témoigné des violences antisyndicales et du harcèlement judiciaire dont ils sont aussi victimes.

« La décision de l’OIT d’envoyer des missions de contacts directs dans ces trois pays est une initiative positive et devrait être une première étape pour veiller à ce que les gouvernements concernés respectent leurs obligations de protéger les droits des travailleurs en application du droit international », a poursuivi Sharan Burrow. « Les gouvernements devraient saisir cette chance pour garantir la liberté syndicale et le droit de faire grève, au même titre que des contrats d’emploi sûrs, un salaire minimum vital et des droits de négociation collective. »

Lors de la conférence de l’OIT, des travailleurs du Bangladesh ont déclaré que si certaines mesures avaient été adoptées pour rendre les usines plus sûres, le gouvernement a en revanche peu fait pour soutenir la liberté syndicale. Les syndicats sont toujours interdits dans les zones franches d’exportation et rien n’est fait pour sanctionner les employeurs qui se sont débarrassés des syndicats. Ayant échoué à appliquer les recommandations de l’OIT depuis plusieurs années, la Commission de l’application des normes de la conférence de cette année a décidé de placer le pays sur sa liste noire, à savoir de l’inclure dans un paragraphe spécial.

Les lois malaisiennes sur la négociation collective ont aussi fait l’objet d’un examen. Pays signataire du Partenariat transpacifique, la Malaisie entend procéder à des modifications majeures de sa législation pour satisfaire au chapitre sur le travail de l’accord commercial.

« Les pays asiatiques figurent au cœur des chaînes d’approvisionnement mondiales, mais un modèle commercial qui s’appuie sur des salaires de misère, sur des emplois précaires et peu sûrs et sur des violations des droits fondamentaux ne peut pas être pérenne. Nous attendons des dirigeants nationaux qu’ils défendent leurs citoyens et protègent leurs travailleurs », a encore déclaré Sharan Burrow.

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