Enquête mondiale de la CSI sur la Covid-19 : Les droits et les libertés démocratiques sont menacés

La riposte à la pandémie de Covid-19 est l’acte de solidarité humaine le plus important jamais observé à l’échelle mondiale, avec des personnes qui, pour sauver des vies, ont renoncé à leurs droits civils et mis en péril leurs moyens de subsistance. Cependant, sous couvert des mesures prises contre la pandémie de coronavirus, de nombreux pays font progresser des politiques qui s’opposent aux droits des travailleurs.

Plus de la moitié des pays (56 %, 53 pays) inclus dans l’enquête mondiale de la CSI sur la Covid-19 ont indiqué que leur gouvernement avait introduit au cours des derniers mois des restrictions aux droits humains et du travail, cachées au sein de leur riposte à la pandémie de Covid-19.

Les conclusions de la cinquième enquête mondiale de la CSI sur la Covid-19, effectuée du 22 au 25 juin 2020 auprès de 121 syndicats de 95 pays, dont 17 pays du G20 G20 The Group of Twenty, or G20, is a forum for international cooperation on the most important aspects of the international economic and financial agenda. It brings together 19 countries and the European Union, which together represent around 90% of global GDP, 80% of global trade and two thirds of the world’s population. et 33 pays de l’OCDE, montrent que ces attaques viennent s’ajouter à la rupture du contrat social.

« Les droits démocratiques, la confiance et la responsabilité sont les éléments constitutifs essentiels du nouveau modèle économique dont le monde a besoin alors qu’il se redresse du choc provoqué par la pandémie de Covid-19. Une économie mondiale résiliente doit se construire sur un Nouveau contrat social, à savoir un nouvel engagement en faveur des droits des travailleurs, un renouvellement des investissements favorisant la conformité et l’état de droit, et les bases de la démocratie sur le lieu de travail. Ce sont là les fondements d’un avenir qui ne laisse personne au bord du chemin », a dit Sharan Burrow, Secrétaire générale de la CSI.

Depuis que l’OMS a déclaré que la Covid-19 était une pandémie mondiale, en mars 2020, les syndicats se sont mis à négocier pour que les travailleurs soient soutenus. Près des deux tiers (63 %, 60 pays) ont dit que les syndicats de leur pays avaient réussi à obtenir des aides supplémentaires destinées aux travailleurs dans le cadre des réponses gouvernementales ou patronales à la pandémie de Covid-19. La plupart du temps, ce soutien prend la forme de prestations relevant d’un socle de protection sociale, y compris le congé maladie rémunéré, le soutien aux revenus ou les soins de santé.
« En dépit de ces acquis pour les travailleurs, la pandémie de Covid-19 a brutalement exposé les lignes de fracture de la division, au niveau mondial, entre ceux qui bénéficient d’une protection sociale universelle, incluant les soins de santé et le soutien aux revenus, et ceux qui en sont privés. Parmi les pays les plus pauvres, trop nombreux sont ceux où les travailleurs, qu’ils soient du secteur formel ou informel, ont dû choisir entre rester chez eux et donc voir leur famille mourir de faim, ou tenter de trouver du travail en dépit du risque très réel de contracter la maladie et la propager au sein de leur communauté. Un Fonds mondial de protection sociale aurait besoin de 37,8 milliards de dollars américains au cours des cinq premières années pour combler les lacunes de financement et atteindre l’ODD 1.3 dans les pays à faible revenu », a dit Sharan Burrow.

La crise sanitaire déclenchée par la Covid-19 entraîne une hausse du chômage, qui atteint des niveaux inimaginables encore il y a quelques mois. Le défi à relever consiste à façonner la reprise de sorte qu’elle rétablisse le contrat social entre le gouvernement et la société et soit fondée sur la résilience, afin de résister aux chocs à l’avenir.

Alors que la majorité des pays (81 %, 77 pays) ont indiqué que le gouvernement prépare un plan de reprise économique dans le cadre de sa riposte à la pandémie de Covid-19, 42 % des pays estiment que la réponse du gouvernement aux besoins des travailleurs affectés par le virus est mauvaise, et 60 % des pays ayant répondu à cette enquête estiment que la réponse des employeurs aux besoins des travailleurs est mauvaise.

« Les plans de reprise économique dans un monde interdépendant vont exiger des financements de la reprise et de la résilience à la fois au niveau national et mondial, qui ne pourront être mis à disposition durablement que s’ils sont fondés sur le dialogue social, sur le rétablissement de la confiance dans la démocratie et sur une réforme massive du multilatéralisme, a dit Sharan Burrow.