Global economy Interviews

Gros-plan sur Vicky Cann (TUC, Royaume-Uni)

“La coopération syndicale internationale joue un rôle important pour aider les migrant(e)s tant dans les pays d’origine que de destination”.

Dans le cadre de la défense des travailleurs les plus vulnérables, le TUC, la centrale syndicale du Royaume-Uni affiliée à la CSI, contribue à soutenir le programme spécial d’action de la CSI pour les travailleurs et travailleuses migrants, particulièrement en Asie. Pour Vicky Cann, en charge des programmes internationaux au TUC, les projets de coopération au développement pour aider les travailleurs migrants à la fois dans les pays d’origine et de destination sont essentiels. Vicky Cann analyse aussi l’impact du réseau syndical de coopération au développement initié par la CSI.

A l’occasion de la journée internationale des migrants ce 18 décembre, la CSI publie un nouveau document de reportage (*) exposant le rôle des syndicats dans la défense et l’organisation des migrant(e)s dans les régions du Golfe et d’Asie. Le TUC soutient certaines activités du plan d’action spécial pour les migrants de la CSI. Quelle est votre expérience dans ce domaine ?

Au sein du TUC, nous travaillons depuis très longtemps sur les questions des migrations de main-d’œuvre, en matière de politique comme de travail de campagne, tant au niveau du Royaume-Uni que de l’UE. A l’heure actuelle, nous soutenons une partie du plan d’action spécial de la CSI sur les travailleurs et travailleuses migrants, plus particulièrement en Asie, et il va sans dire que nous apprenons énormément au sujet des problèmes qu’affrontent les travailleuses et travailleurs migrants en situation vulnérable ou précaire. Ceux-ci incluent les abus potentiels que subissent les travailleurs et travailleuses pauvres aux mains de leurs employeurs et des intermédiaires, les difficultés et les défis qui se posent pour joindre et organiser les travailleurs et travailleuses migrants, mais aussi les acquis qui peuvent être engrangés lorsque les syndicats parviennent à atteindre, à soutenir et à organiser les travailleurs et travailleuses migrants, à la fois dans les pays d’origine et de destination. Au niveau du TUC, nous soutenons également un projet mené en collaboration avec la CSI Afrique pour la promotion des droits des travailleurs forcés et victimes de trafics humains dans sept pays d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée Bissau, Nigéria, Niger, Liberia et Togo).

Vous avez rejoint les rangs du TUC relativement récemment, après une expérience dans les organisations non gouvernementales. Quelle est jusqu’ici votre appréciation des syndicats en tant qu’acteurs du développement ?

Je pense que les syndicats sont en mesure de couvrir certains angles des débats sur le développement et la justice que d’autres organisations sont incapables d’atteindre. L’accent que nous mettons sur le monde du travail et les droits des travailleurs nous conduit à jouer un rôle unique que peu d’ONG peuvent égaler. Dans le même temps, nos approches de travail, notamment le renforcement de la capacité individuelle et organisationnelle et les négociations avec les gouvernements et les employeurs peuvent conduire à des améliorations durables et d’une portée considérable pour la vie des syndicalistes et de leurs familles. Rares sont les ONG qui sont à même d’égaler la portée, l’influence et le pouvoir de se faire entendre des syndicats, sans compter que là où les ONG peuvent aller et venir, les syndicats eux sont là pour durer. De fait, le TUC se prépare à célébrer ses 150 ans et les principes que nous appliquons chez nous, à savoir l’organisation et la solidarité entre travailleurs, sont exactement les mêmes que ceux appliqués par nos partenaires du Sud global. S’il va de soi que les ONG ont un rôle majeur à jouer, nous ne devons pas hésiter en tant que syndicats à mettre en avant nos propres acquis en matière de développement.

D’après vous qui travaillez pour le TUC britannique, quelle est la valeur ajoutée de ce projet spécifique sur les travailleurs et travailleuses migrants ?

Pour le TUC, je pense que l’apprentissage découlant de ce projet est entièrement de notre côté. Nous venons de procéder au lancement de notre nouvelle stratégie internationale de développement, qui déterminera nos activités au cours des cinq prochaines années. Un de ses quatre domaines d’action thématiques est centré sur les « travailleurs et travailleuses vulnérables ». Bien entendu, tous les migrants ne sont pas vulnérables, cependant, beaucoup de travailleurs et travailleuses migrants se trouvent dans des situations de vulnérabilité et ce projet nous est extrêmement utile pour approfondir notre connaissance d’une manière très pratique.

Comment voyez-vous le rôle de la CSI en tant que coordinateur du projet ? La coordination a-t-elle permis d’améliorer la qualité du projet jusqu’à présent ?

Je pense qu’il y a énormément d’avantages dérivés du fait que la coordination de ce projet par la CSI soit assurée par un chargé de politique fort d’une importante expérience dans les domaines de la main-d’œuvre migrante, du travail forcé et de la traite des personnes. L’engagement de la CSI dans ce projet est un engagement à long terme et grâce à ce savoir politique, la possibilité de partager les meilleures pratiques et les leçons apprises et de promouvoir les résultats du projet auprès des décideurs aux échelons national, régional et international sera considérablement rehaussée.

Estimez-vous qu’il soit important en tant qu’organisation nationale de contribuer à l’internationalisme syndical plutôt que de mener une approche bilatérale?

Bien entendu, l’action bilatérale pour le développement a toujours sa place. Le TUC entretient, par exemple, des liens historiques forts avec de nombreux pays du Commonwealth, de même que des relations de longue date avec les mouvements syndicaux irakien et palestinien. Toutefois, la coordination et la collaboration au niveau multilatéral permettent d’amplifier et de reproduire des projets, nous aident à éviter la duplication et multiplient les possibilités que nous avons de partager les meilleures pratiques et aussi d’apprendre. D’autre part, la CSI peut nous apporter un poids politique, particulièrement au niveau international. A l’heure actuelle, l’action du TUC dans le domaine du développement se répartit entre apports de fonds bilatéraux et multilatéraux et nous soutenons une série de projet à travers la CSI, y compris à travers l’organisation régionale africaine de la CSI basée au Togo.

Pensez-vous que la coopération au développement à travers des projets puisse contribuer au progrès structurel du mouvement syndical ?

Tout à fait, et peut-être même particulièrement lorsqu’il est question de travailleurs migrants ou d’autres "travailleurs vulnérables." Pour les syndicats du Sud global, qui peuvent avoir énormément de défis prioritaires à affronter, parfois avec des moyens insuffisants, il peut s’avérer difficile de soutenir financièrement l’action auprès des travailleurs migrants sans savoir si ce groupe adhérera au syndicat et lui apportera une source de revenus. Par ailleurs, les travailleurs migrants peuvent, dans certains cas, être des itinérants en mouvement constant et pour autant, même s’ils ont adhéré à un syndicat, que ce soit dans un pays d’origine ou de destination, ils risquent de ne pas apporter de revenu sous forme de cotisation sur le long terme. Je pense, dès lors, que les projets de coopération au développement ont un rôle particulièrement important à jouer pour ce qui est d’aider aussi bien les pays d’origine que de destination à aller à la rencontre des travailleuses et travailleurs migrants. De tels projets peuvent aider les syndicats à mettre sur pied des processus, des services et des structures qui répondent aux besoins des travailleurs et travailleuses migrants et qui, on l’espère, puissent aller au-delà de la durée de vie du projet lui-même et se poursuivre sur le long terme.

Participez-vous au Réseau syndical de coopération au développement ? Quelle expérience avez-vous de ce réseau et d’après vous cette nouvelle initiative de la CSI va-t-elle dans la bonne direction ?

L’efficacité de ce nouveau RSCD a donné lieu à une augmentation significative et extrêmement bienvenue de la collaboration entre syndicats actifs dans le domaine de la coopération au développement. Le TUC appuie pleinement les objectifs du RSCD et, avec tant d’acteurs et tant d’argent – au moins un milliard d’euros par an gérés par les syndicats pour les objectifs de développement–, la CSI a un rôle vital à jouer en termes d’amélioration de la coordination et d’efficacité. Le plus important pour le TUC sera de voir comment le RSCD peut améliorer notre efficacité à tous en tant qu’acteurs du développement – y compris dans la conception, le suivi et l’évaluation de notre action dans le domaine du développement.

(*)Voir le dossier complet de reportage sur l’action syndicale en faveur des travailleurs et travailleuses migrants dans les pays du Golfe et d’Asie

- Voir le communiqué de la CSI à l’occasion de la journée international pour les migrants du 18 décembre

- Voir aussi l’interview de Fadhel Abbas Ali (GFBTU-Bahreïn), «On a promis aux travailleurs migrants qu’on serait toujours de leur côté»

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