Corée : l’hypocrisie au grand jour – le patron de Samsung est libéré alors que les dirigeants syndicaux sont privés de justice

Les syndicats aux quatre coins du monde exigent aujourd’hui la libération immédiate du président de la KCTU, Han Sang-gyun, et la suppression des chefs d’accusation qui pèsent sur l’ancienne secrétaire générale de la KCTU, Lee Young-jo, alors que l’attention internationale se tourne vers la Corée, à l’occasion de l’ouverture des Jeux olympiques à PyeongChang.

Cette semaine, une cour d’appel à Séoul, Corée du Sud, a libéré, de façon controversée, le vice-président de Samsung Electronics, Lee Jae-yong, après un an à peine d’emprisonnement, alors que les dirigeants syndicaux sont privés de justice.

Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI, a déclaré : « Samsung opère au-dessus des lois dans de trop nombreux pays, privant des millions de travailleurs et de travailleuses de leurs droits et de justice. Lee Jae-yong pourrait être acquitté des chefs d’accusation de corruption représentant des milliards de dollars, et est désormais libre de superviser l’empire Samsung, alors que les dirigeants syndicaux sont détenus, accusés d’avoir lutté pour les droits de 6,4 millions de travailleurs en situation irrégulière gagnant à peine 6,90 USD par heure. Ce n’est qu’en libérant immédiatement le président Han et en retirant les chefs d’accusation contre l’ancienne secrétaire générale Lee que la Corée du Sud pourra restaurer la confiance dans la justice, les droits et la liberté des travailleurs et des travailleuses ».

Han Sang-gyun est emprisonné depuis pratiquement deux ans pour avoir simplement exercé son droit démocratique à la liberté d’association et de réunion pacifique. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a noté que la privation de liberté dont fait l’objet Han Sang-gyun est arbitraire et a lancé un appel en faveur de sa libération immédiate et d’une indemnisation. Il a, en outre, demandé au gouvernement coréen d’éviter le recours abusif aux procédures pénales dans le cadre des manifestations pacifiques. En dépit des appels répétés lancés par les syndicats internationaux, Han ne s’est pas vu accorder la grâce spéciale par le président coréen en décembre dernier. En revanche, le 31 décembre 2017, l’ancienne secrétaire générale de la KCTU, Lee Young-joo, a été arrêtée à l’hôpital par la police suite à une grève de la faim de dix jours au siège du parti démocratique au pouvoir pour mettre fin à l’assignation à résidence qu’elle s’était imposée elle-même. Tant Han que Lee sont poursuivis pour le rôle qu’ils ont joué dans le rassemblement populaire le 14 novembre 2015. Le rassemblement a été organisé en vue de protester contre les réformes régressives du travail du gouvernement de l’ancienne présidente Park Geun-hye visant à renforcer la précarité du travail, auquel le nouveau gouvernement du président Moon s’est engagé à mettre fin.

Lee Young-joo a été licenciée en tant qu’enseignante en 2016 et le Korean Teachers’ Union – dont l’accréditation avait été révoquée par le gouvernement de Park Geun-hye – n’a pas pu rétablir son accréditation sous le gouvernement de Moon Jae-in. Lee sera jugée entre février et mars.

Le mouvement syndical international s’est félicité de l’élection du président Moon Jae-in, espérant qu’il concrétise, en tant qu’ancien avocat spécialiste des droits humains, ses promesses de campagne en annulant les politiques antisyndicales du gouvernement de l’ancienne présidente Park Geun-hye, en ratifiant les Conventions 87 et 98 de l’OIT et en libérant Han Sang-gyun. Le président Moon doit encore remplir ces engagements.

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