Le 16 septembre, le SOTA (Sendika Ouvriye Takstil ak Abiman, syndicat du secteur textile et de l’habillement/BO) était enregistré officiellement par le Ministère du Travail et des Affaires sociales (MAST). Dans les jours suivants, 6 membres de son comité exécutif employés dans 3 entreprises de la zone franche située à Port-au-Prince furent licenciés injustement.
La CSI et la CSA suivirent de près ce dossier et exigèrent la réintégration de ces travailleurs et le versement des salaires dûs, adressant en particulier une lettre de protestation au Premier Ministre de ce pays. A la demande de leur syndicat et de l’Association des employeurs haïtiens–ADIH-, Better Work Haïti réalisa une évaluation des circonstances entourant ces licenciements. Plusieurs organisations affiliées à la CSI sont également intervenues, y compris en Haïti, où le mouvement syndical est représenté dans la Commission Hope II. L’AFL-CIO a de même exprimé une solidarité constante autour de ce dossier en interpellant notamment les autorités américaines dans le cadre de cette loi HOPE II, approuvée en 2008 pour permettre aux exportations des industries du secteur textile haïtien de bénéficier d’exemptions douanières tout en établissant un programme permettant de renforcer et de contrôler les conditions de travail.
Le rapport publié par Better Work le 24 novembre 2011 reconnaissait que sur base des principes de la liberté syndicale, la réintégration de ces personnes constituerait un pas décisif pour remédier à la situation tout en insistant sur le rôle important du MAST.
Après de multiples réunions au niveau national et échanges sur le plan international, des solutions ont été progressivement identifiées. Aujourd’hui, 6 des 7 travailleurs ont repris leur travail et des négociations se poursuivent pour trouver une issue favorable autour du dernier dossier.
Cette avancée marque une étape fort importante en matière de respect de la liberté syndicale, particulièrement dans les zones franches en Haïti, où a prévalu un climat hostile à la liberté syndicale. Malgré diverses tentatives menées par les travailleurs/travailleuses, il n’y existe que deux organisations syndicales. L’accord entre les entreprises concernées et le syndicat, ainsi que le processus qui a entouré cette heureuse issue, sont décisifs pour renforcer le dialogue social, la confiance entre les partenaires sociaux ainsi que le respect des Conventions de l’OIT.
Cet accord est d’autant plus important qu’environ 28000 travailleurs/travailleuses sont employés dans les entreprises de la zone franche dans des conditions de travail généralement pénibles. Par ailleurs, plusieurs milliers d’emplois devraient être créés dans une zone franche en construction à Caracol, dans le Nord du pays. Deux années après le dramatique tremblement de terre du 12 janvier 2010, il apporte aussi un espoir aux milliers de travailleurs/euses qui n’ont pas d’emploi décent, continuent de vivre dans des conditions précaires et ne sont pas encore organisés en syndicats.

