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Espagne: "Nous ne revenons pas vivre chez nos parents, nous ne les avons jamais quittés"

Espagne: "Nous ne revenons pas vivre chez nos parents, nous ne les avons jamais quittés"
2 December 2009: Remise en question du retour à la maison des jeunes Espagnols. Quels indicateurs justifient la multitude d’informations sur le présumé retour massif des jeunes au sein du foyer familial ? Aucun. En vérité, les jeunes qui souffrent le plus de la crise sont, en général, ceux qui n’ont jamais pu s’émanciper.

En Espagne, différents indicateurs officiels montrent que la crise touche de plein fouet la jeunesse, même s’ils ne reflètent pas le présumé retour massif à la maison de jeunes émancipés. Celui-ci s’explique par la précarité à laquelle les jeunes sont confrontés dans notre pays qui n’est pas exclusivement liée à l’actuelle crise économique. Au contraire, les différents éléments qui composent la réalité sociale et liée à l’emploi de la jeunesse (emplois temporaires, chômage, sous-emplois, bas salaires, recours à des formules non contractuelles pour éviter de déclarer des emplois, etc.) ont fini par s’installer durablement et systématiquement dans notre société. La dérèglementation des relations de travail et les processus de libéralisation économique, qui affectent déjà même les services publics essentiels, n’ont non seulement pas amélioré les conditions de vie de la majorité de la population, mais menacent aussi de limiter l’avenir de la jeunesse actuelle à un horizon plus précaire que celui des générations antérieures.

L’une des conséquences les plus immédiates de cette situation est le frein à l’émancipation : seul un faible pourcentage de jeunes disposant de meilleures conditions d’emploi ont pu quitter le foyer familial pour vivre de façon indépendante et ce sont ces mêmes jeunes qui sont le moins touchés par la crise. Le reste, un nombre incalculable de personnes de 16 à 35 ans, n’ont jamais atteint une stabilité d’emploi suffisante pour s’émanciper. La crise économique les a donc frappées alors qu’elles n’avaient pas encore quitté la maison de leurs parents.

Cette constatation contraste directement avec la pléthore de nouvelles diffusées par divers médias qui s’inquiètent d’un supposé retour massif des jeunes émancipés, poussés vers la maison familiale par la crise. Sans nier, ni banaliser la situation dramatique de certains cas, de nombreuses données socioéconomiques issues de l’Enquête sur les forces de travail décrivent un panorama différent mais tout aussi préoccupant. Plusieurs indicateurs font état d’une stagnation dans le temps depuis quelques années, preuve de la systématisation de la précarité des jeunes et de ses conséquences sur l’émancipation, et de l’absence de mesures efficaces pour la combattre. En résumé, la grande majorité des jeunes Espagnols en âge de voler de leurs propres ailes a dû revoir ses intentions de quitter la maison dans l’attente d’emplois meilleurs.

Lorsqu’il s’agit de s’attaquer à des problèmes aussi complexes que la précarité d’emploi des jeunes, il est de la plus grande importance de s’appuyer sur des sources statistiques fiables. Affirmer que de nombreuses personnes retournent chez leurs parents à cause de la crise laisse supposer, à tort, que la jeunesse a bénéficié d’une situation sociale et professionnelle digne dans un passé pas très lointain, permettant ainsi à une majorité d’entre eux de s’émanciper. Il a été démontré que le travail précaire s’était imposé comme une réalité pour les jeunes depuis des années. Si nous ne nous mettons pas en quête de mesures qui s’attaquent à l’origine du problème, nous courrons le risque de le voir se perpétuer.

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