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Young Workers

Diffuser les actions pour défendre des services publics de qualité

Le Forum sur des services publics de qualité pour les jeunes travailleurs, organisé le 11 octobre 2010 à Genève, a montré que ce genre de rencontre constitue un espace de discussion ouverte et un moyen, pour les jeunes travailleurs, d’exprimer des idées qui pourraient les encourager à mener des actions concrètes. Le forum répondait à une mission confiée à l’Internationale des Services publics (ISP) au titre de la Résolution n° 20 « Succession Planning through Intensified and Meaningful Involvement of Young Workers » (Planification des remplacements grâce à la participation active et significative des jeunes travailleurs), en tant que moyen pour cette organisation syndicale internationale d’accroître le soutien envers l’engagement des jeunes travailleurs dans le mouvement syndical et de leur accorder une position représentative au sein du Conseil exécutif. Toutes ces actions montrent combien le renforcement des jeunes est particulièrement important pour l’avenir du mouvement syndical.

Alors que nous prenons conscience de la menace qui pèse sur les secteurs publics et de la diminution de la qualité des services publics, nous devons préparer les jeunes membres à prendre l’initiative et à rétablir une certaine reconnaissance de l’importance des services publics. Il ne s’agit pas uniquement d’organiser, mais également de communiquer et de reconnaître que les services publics sont essentiels pour l’égalité sociale, raison pour laquelle nous avons besoin que les jeunes les défendent avec vigueur et joignent leurs capacités à celles des syndicats.

Le dernier rapport du BIT Tendance mondiale de l’emploi des jeunes 2010 ne cesse de démontrer l’incertitude qui plane à propos d’une amélioration sur le marché du travail dans le contexte actuel d’instabilité économique, de hausse du chômage des jeunes et de dangers sociaux associés au découragement et à l’inactivité prolongée. Le rapport montre également qu’à la fin de 2009, environ 81 millions jeunes étaient sans emploi dans le monde (plus de 36,4 millions de ces 15-24 ans vivaient en Asie/Pacifique). En 2007, année où a débuté la crise mondiale, leur nombre n’atteignait que 7,8 millions, montrant la forte hausse du chômage.

Au vu de l’importante hausse du nombre de chômeurs, il est possible que la crise et la modeste relance du marché du travail marginalisent la tranche la plus jeune de la main-d’œuvre. Dans ce contexte, les jeunes se disputent également un nombre limité d’emplois et quand ils en trouvent un, s’ils en trouvent, ils doivent souvent travailler de longues heures, n’obtiennent que des contrats à court terme et/ou informels, avec de faibles rémunérations, comportant peu ou pas de protection sociale, une formation minimale et n’ont pas droit au chapitre sur le lieu de travail. Les services publics ne sont pas à l’abri, les conditions de travail précaires se répandant aussi rapidement dans ce secteur. Il s’agit d’un déficit de travail décent comportant le risque d’une éventuelle crise de légitimité d’une « génération perdue », comme l’avance le rapport de l’OIT.

La libéralisation et la privatisation des services publics ont des conséquences néfastes sur la population active et perturbent évidemment les lieux de travail en entraînant des pertes d’avantages nécessaires au travail décent. Les jeunes travailleurs sont évidemment les plus vulnérables face à cette évolution. La situation des jeunes se caractérise par la présence de facteurs entraînant la vulnérabilité, quel que soit l’état de l’économie, dans les pays développés et ceux en développement. Toutefois, dans les pays en développement, le peu d’espoir des jeunes travailleurs d’obtenir de meilleures conditions implique que de plus en plus de travailleurs pauvres sont des jeunes pour qui les emplois disponibles sont inadaptés et ne leur permettent pas de gagner suffisamment pour échapper à la pauvreté.

Il convient d’apporter une solution à cette situation dans tous les secteurs et l’investissement dans les jeunes offre l’occasion de construire un monde meilleur: création d’emplois, amélioration des conditions d’emploi et émancipation des jeunes travailleurs. Autrement, le chômage des jeunes pourrait bien être une « bombe sociale à retardement » comme l’a signalé la CSI en déplorant le taux élevé et toujours en hausse du chômage des jeunes dans le monde qui risque d’endommager le tissu social, économique et politique des pays du monde entier. Entre-temps, des efforts ont été déployés comme, par exemple, la création du Réseau pour l’emploi des jeunes (Youth Employment Network. Il s’agit d’un partenariat entre les Nations Unies, l’OIT et la Banque mondiale dont l’objectif est d’accorder la priorité à l’emploi des jeunes au sein du programme de développement et d’échanger des connaissances à propos des politiques et des programmes efficaces visant à améliorer les possibilités d’emploi pour les jeunes. La dernière étude de l’OCDE montre que, dans le court terme, il faut absolument accorder la priorité à une aide au revenu pour les jeunes inemployés et qu’une autre solution prometteuse est l’apprentissage des jeunes peu qualifiés, ce qui pourrait avoir un « double avantage »: l’assurance d’une transition vers l’emploi, d’une part et la réduction des coûts du travail, compensée par un engagement de formation de la part de l’employeur, de l’autre. Les gouvernements pourraient prévoir des subventions en vue de promouvoir les apprentissages et d’aider les apprentis licenciés à achever leur formation (source: http://www.oecd.org/).

Dès lors, dans ce contexte, il est indispensable d’accroître les dépenses publiques consacrées à l’éducation supérieure. Cela permettrait au moins d’offrir une chance d’échapper à la pauvreté puisque les probabilités de trouver un emploi augmentent à mesure que s’élèvent les niveaux d’éducation. L’amélioration des services publics contribue de façon décisive à la qualité de vie de tous, y compris des jeunes. Cela nous permettra d’ouvrir nos propres perspectives dans un esprit d’égalité. C’est la raison pour laquelle le combat mondial pour des services publics de qualité est un outil de démocratie en faveur d’une économie forte qui offre des services publics démocratiques et garantit un lieu de travail juste pour ses employés et la société. Puisque nous en sommes conscients, travaillons à façonner un monde meilleur et à défendre des services publics de qualité.

Photo: Marc Urata